On construit des outils numériques à longueur de journée. Puis on rentre chez nous et on scrolle. Il y a quelque chose de paradoxal là-dedans.
On passe nos journées à construire le numérique. Pis le soir, on scrolle.
Il y a quelque chose de paradoxal dans le fait de travailler en informatique. On construit des outils pour que les gens soient plus efficaces, mieux connectés, plus productifs. Puis on rentre chez nous et on fait exactement ce qu'on essaie d'optimiser pour les autres : on consomme du numérique sans trop savoir pourquoi.
Et on est pas les seuls. C'est une conversation qu'on entend de plus en plus, peu importe le domaine.
La pression d'être toujours disponible
On vit à une époque où on n'a jamais eu autant d'outils pour gagner du temps. Pourtant, on se sent plus débordé que jamais. On n'a jamais eu autant d'outils pour se connecter. Pourtant, on ne s'est jamais senti aussi loin les uns des autres.
Dans le temps, être unavailable c'était la norme. Tu prenais ton vélo, tu partais te promener, personne savait où t'étais. C'était correct. Aujourd'hui, ne pas répondre pendant deux heures, c'est presque une anomalie. On traîne notre téléphone partout, même quand on n'en a pas besoin, par culpabilité. Par réflexe.
Dans le monde des TI, c'est encore plus intense. On est souvent les premiers appelés quand quelque chose brise. La frontière entre le travail et le reste est floue. Et tranquillement, cette disponibilité constante devient une attente, pas juste une habitude.
Ce que le scroll nous vole sans qu'on s'en rende compte
Il n'y a rien d'aussi efficace en termes de ratio dopamine sur effort que de scroller. C'est rapide, c'est facile, ça remplit le vide immédiatement. Mais ça remplace quelque chose d'important : l'ennui.
L'ennui, c'est pas agréable. Mais c'est là que les bonnes idées arrivent. C'est là que le cerveau fait le tri, qu'il connecte des points qu'il n'avait pas eu le temps de connecter pendant la journée.
Quand on remplace systématiquement l'ennui par du scroll, on coupe court à ce processus-là. On reste efficace en surface. Mais on perd quelque chose de plus profond.
Réapprendre à apprivoiser l'ennui
Déconnecter, c'est pas juste poser son téléphone. C'est réapprendre à être à l'aise dans le silence. À laisser son cerveau mâcher quelque chose sans lui donner de stimulation externe.
C'est inconfortable au début. Vraiment. Surtout quand t'as passé des années à remplir chaque moment creux avec ton téléphone. Mais tranquillement, quelque chose se passe. Le threshold de plaisir redescend. Les choses simples redeviennent intéressantes. Une marche, une conversation, une idée qui émerge de nulle part.
Pour ceux qui travaillent en informatique, c'est presque un acte de résistance consciente.
Parce que l'environnement pousse constamment dans l'autre direction.
Si ce sujet-là te parle, on en a jasé pendant près d'une heure dans l'épisode 6 de Code 18. Honnêtement, ça a été une des conversations les plus humaines qu'on ait eues.
— ÈL


